Voyage à travers le cinéma français

008154-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx« Ce travail de citoyen et d’espion, d’explorateur et de peintre, de chroniqueur et d’aventurier qu’ont si bien décrit tant d’auteurs, de Casanova à Gilles Perrault, n’est-ce pas une belle définition du métier de cinéaste que l’on a envie d’appliquer à Renoir, à Becker, au Vigo de l’Atalante, à Duvivier, aussi bien qu’à Truffaut ou Demy […]. Je voudrais que ce film soit un acte de gratitude envers tous ceux, cinéastes, scénaristes, acteurs et musiciens qui ont surgi dans ma vie. La mémoire réchauffe : ce film, c’est un peu de charbon pour les nuits d’hiver ».

Lorsque Bertrand Tavernier prend sa caméra, vous vous attendez à l’inattendu. Prenez sa filmographie, dense, éclectique, géniale : Que la fête commence, Le Juge et l’Assassin, Capitaine Conan, Dans la Brume électrique ou encore Quai d’Orsay. Des drames, des adaptations littéraires, des films d’époque, du polar, des comédies… Et aujourd’hui, un documentaire, sublime, passionnant, poétique, exaltant.

Il y a quelque chose d’unique et de bouleversant dans ce Voyage à travers le cinéma française que nous conte M. Tavernier. Au gré de ses archives personnelles, des extraits des films qui l’ont influencés gamin ou des anecdotes croustillantes qu’il nous rapporte malicieusement, le cinéaste livre ses souvenirs remplis de tendresse et d’admiration pour les artistes qui l’ont inspirés.

Le lyrisme de Gabin, la gueule d’Eddie Constantine, les mouvements de caméra chez Jean Renoir, Becker le pionnier, qui fut « le premier à donner aux femmes toute leur place au cinéma », le sens de la dramaturgie chez Trauner, l’exigence de Carné ou de Delannoy, le caractère impétueux de Melville qui se brouilla avec Ventura sur le tournage de L’Armée des ombres mais qui était « un conteur extraordinaire » et qui voulait faire l’éducation cinéphile du jeune Tavernier, le cinéma de Sautet – son autre « parrain de cinéma »  – et sa rencontre décisive avec Ventura… Mais aussi l’importante culture musicale des films français des années 1930-1940, la musique de Maurice Jaubert dans Le Jour se lève ou Le Quai des brumes, la trompette de Miles Davis dans Ascenseur pour l’échafaud, la guitare dans Jeux interdits,  la magie des montages de Jean Sacha, la novatrice cinémathèque française d’Henri Langlois à la programmation « géniale, erratique voire dadaïste », la nécessaire conservation des films.

Voilà de quoi s’est nourri le cinéaste, qui a exercé son analyse critique au cours des années « Nickelodéon », le ciné-club fondé avec ses compères Yves Martin et Bernard Martinand, et qui porte toujours le même regard enthousiaste et attentif sur le travail de tel ou tel grand nom du cinéma français.

Truffé de références, tour à tour émouvant, truculent, amusant, captivant, ce Voyage à travers le cinéma français est une merveilleuse lettre d’amour au septième art, un hommage d’à peine 3h11 indispensable à tout cinéphile qui se respecte.

Sortie le 12 octobre 2016

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Article rédigé par : Laetitia
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